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Essai Harper Type 5 : 420 ch pour 660 kg !

A une époque où les voitures sont toutes aseptisées ou presque, nous nous sommes mis en tête d’aller essayer une voiture à l’ancienne mais neuve. Une voiture sans aides à la conduite, sans direction assistée, sans ABS, bref, une voiture comme on n’en fait presque plus. Nous sommes allés jusqu’en Afrique du Sud pour essayer les Harper Type 5 et 6. Attention, ça décoiffe !

Harper Type 5 – Mais qu’est-ce ?

Lorsque Craig Harper, sud-africain, a commencé à courir en sport automobile, il n’a jamais trouvé la voiture qui lui plaisait. Il a bien essayé les Lotus Super 7 ou les Ford Escort préparées mais rien ne l’a entièrement convaincu. Il a donc commencé à construire sa propre voiture. Les premières itérations étaient “peu évoluées et surtout faites de morceaux récupérés à droite à gauche”. Après 4 idées complètement différentes, dont certaines fabriquées à plusieurs exemplaires, la Type 5 voit le jour. Le principe est simple : un châssis tubulaire, 4 roues sur des trains roulants sur mesure, un petit moteur fiable et une carrosserie en fibre de verre pour habiller l’ensemble.

Au fur et à mesure que les clients sont venus, ils ont demandé des moteurs de plus en plus gros. C’est ainsi que la Type 5 a été équipée tout d’abord d’un 1600 cm3 d’origine Toyota, atmosphérique, placé en position transversale arrière, puis d’un 2000 cm3 de même origine mais aidé d’un Turbo. Lorsqu’un client a demandé un moteur V8 5,0 litres, la Type 5 s’est transformée en Type 6 (la verte et noire) et le châssis a été modifié pour accepter un moteur en position longitudinale. A ce jour, 24 Type 5 et 6 ont été fabriquées avec des puissances allant de 160 à 420 ch. Le poids ? Entre 640 et 750 kg selon le choix de moteur et de boite de vitesse…

Véritable voiture de course…

La voiture se présente comme une barquette des années 70 et n’est pas sans rappeler, selon les angles, la mythique Toyota 7. Un avant plongeant, un gabarit trapu avec une sensation de largeur incroyable, un petit cockpit et un énorme aileron. Une large prise d’air anime les flancs alors que les jantes de 16 pouces paraissent énormes. Par endroit, le châssis tubulaire est visible même depuis l’extérieur. A l’arrière, la frêle carrosserie permet de supporter les feux et laisse entrevoir la mécanique. En effet, nous avons vue sur le châssis, les suspensions et même quelques bouts du moteur.

Pour s’installer à bord, il faut enjamber le seuil de porte de la voiture afin de poser ses pieds sur les baquets. Ensuite, il suffira de se laisser glisser dans le fond du siège. Le harnais 5 points sera là pour vous maintenir plaqué au fond du siège. A l’intérieur, le moins que l’on puisse dire, c’est que nous avons face à nous un véhicule plutôt rudimentaire. Un volant, un petit afficheur numérique contenant l’ensemble des informations liées à la conduite et un levier de vitesse. Quelques boutons complètent la “planche de bord” comme le démarrage, le switch de cartographie, et quelques autres fonctions. Les pédales sont très proches les unes des autres et le petit volant tombe bien sous la main. Les deux baquets (juste l’assise et le bas du dos) maintiennent très bien les occupants. Côté passager, disons qu’à première vue il n’y a rien de trop, puisqu’il n’y a strictement….rien. De part et d’autre de l’habitacle, on trouvera un espace disponible pour quelques sacs souples lors des weekends.

…homologuée route !

Quoi ? Des bagages, dans une voiture de course ? Et bien pas tout à fait… Les Harper Type 5 et 6 sont bel et bien homologuées pour la route. Il convient de rappeler que l’Afrique du Sud est le pays des Alfa Romeo GTV 3,0 litres, des BMW 333i et M745i ou encore des Ford Sierra XR8. Des versions musclées de voitures que l’on n’a jamais eues en France, ni même en Europe. Les normes d’homologation sont plutôt souples et permettent à chacun d’immatriculer sa voiture contre la vérification de quelques bricoles. Notre voiture du jour s’équipe d’un V6 Alfa Romeo légèrement revu (voir plus bas) développant un peu plus de 400 ch. C’est le châssis numéro 1 et il a été équipé de tout un tas de pièces de développement. De ce fait, impossible de savoir si c’est une Type 5 ou une Type 6. La chose certaine par contre, c’est que nous nous sommes dévoués pour partir en weekend, en voiture de course.

Contact. La pompe à essence se met en route quelques instants puis les bruits électriques cessent. Pression sur le bouton de démarrage. Le moteur gronde puis se cale sur un ralenti stable mais bruyant, aux alentours de 1500 tr/min. J’appuie sur l’embrayage, je passe la première et je commence à avancer. L’embrayage est étonnamment progressif et je me fais en fait surprendre par tant de facilité. Le levier de vitesses est bien guidé mais nécessite une forte poigne. Le trajet démarre en ville sous les regards ébahis des passants et des autres usagers de la route. La direction est assez lourde et la visibilité est plutôt mauvaise. Heureusement, l’échappement presque libre du V6 permet de s’annoncer ! Malgré la dureté des commandes, il est plutôt facile d’utiliser cette voiture.

Je sors du centre-ville du Cap pour rejoindre la région des vignobles. Le trajet se compose d’un grosse cinquantaine de kilomètres sur autoroute avant d’attaquer les petites routes de montagne. L’insertion sur l’autoroute permet de lâcher la cavalerie. Une fois les 4000 tr/min passés, le turbo entre en action et propulse le bloc en direction des 8 500 tr/min. La poussée est phénoménale quel que soit le rapport engagé. La Golf GTI qui était derrière nous sur la bretelle d’insertion ? Oubliée. La Porsche 997 Turbo qui a voulu faire la course ? Portée disparue également. La voiture pousse tellement qu’on ne voit pas, sur route, ce qui pourrait accélérer aussi vite. Cependant, à partir de 260 km/h, l’avant de la voiture a tendance à s’alléger. Le rupteur, en sixième, intervient autour de 300 km/h (et on l’atteint très vite).

Prévue pour les routes de montagne

Une fois en dehors de l’autoroute, les routes se rétrécissent et les lignes droites se font de plus en plus courtes. Je me retrouve sur une route au revêtement lisse, sur un tracé oscillant entre le col du Stelvio et le Nürburgring. La tenue de route est exceptionnelle et permet de passer les virages sans sourciller. La remise des gaz en sortie d’épingle se fait petit à petit afin de ne pas se faire piéger par le débordement de puissance à l’activation du turbo. En cas d’excès, la direction remonte tellement d’information que le correction se fait de façon naturelle et intuitive. La petite barquette saute de virages en virages avec une telle célérité qu’il semble improbable d’aller à une autre vitesse. Le comportement de la Type 5 est un peu un mélange entre une Lotus Super 7 et une Porsche Cayman GT4, l’effet turbo en plus. C’est un véritable régal !

Je continue encore et encore sur ces routes tortueuses au possible tout au long de l’après midi. On ne sait pas trop à combien on roule, si l’on est au-delà ou en deçà de la vitesse légale (les sud-africains ont tendance à avoir des limitations de vitesse étranges en montagne). En soit, on a bien évidemment pas l’impression de se trainer mais on semble tellement loin des limites que l’on ne se rend pas vraiment compte. C’est ce qu’on appelle un piège à permis.

A chacun sa Harper

Question mécanique, le V6 2,5 Litres d’origine Alfa Romeo développe, après moult modifications, 420 ch. Il est accouplé à une boite de vitesses manuelle à 6 rapports dont le levier permet un guidage de précision. Notre barquette pèse 660 kg à vide mais le réservoir a une contenance de 80 L pour les courses d’endurance. Les 4 roues sont suspendues par des doubles triangles. L’aileron arrière est réglable alors que de nombreuses pièces spécifiques sont disponible au “catalogue”.

Aujourd’hui, 24 Harper Type 5 et 6 sont sorties des petits ateliers du Cap. Intrinsèquement pensée pour la course, le châssis est commun à chacune des autos mais chacune est personnalisée selon les envies de son propriétaire. La liste des options est presque aussi longue qu’un catalogue de constructeur allemand. Ainsi, chacun peut rajouter au choix un diffuseur, un aileron, une lame avant, son type de baquets, un intérieur plus travaillé, un coffre à l’avant, son type de volant, d’afficheur (à aiguilles ou digital), la taille de son réservoir, etc. Certaines voitures ont été conçues pour un usage quotidien alors que d’autres ont été spécifiquement étudiées pour la piste. Certaines écument les deux, comme notre modèle d’essai / prototype. La Harper la plus kilométrée affiche près de 200 000 km et sert tous les jours (c’est la Harper rouge qui illustre également notre article).

Harper Type 5 : on en pense quoi ?

On l’a vu, la Harper Type 5 n’a rien d’une voiture moderne. Affichant pourtant un rapport poids puissance à faire pâlir une sportive de Stuttgart ou de Yokohama, elle n’offre en rien le même confort, la même facilité, ni la même sécurité. Voiture fatiguante à conduire, elle épuisera vite conducteur et passager par son besoin d’attention permanent. Cependant, elle offrira également une expérience de conduite très différente, similaire à une Radical. Personnellement, on adore ! Le prix d’achat, en Afrique du Sud, oscille autour de 35.000 € en fonction des fluctuations du cours du Rand (monnaie sud-africaine) et du choix de moteur. Malheureusement, elle ne verra jamais le jour chez nous, en France, pour des raisons évidentes de normes d’homologation. A moins de s’en faire fabriquer une sur mesure pour un usage circuit uniquement, chose que l’on hésite sérieusement à faire…

Texte et photos : Antoine