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Essai Abarth 124 GT : Le train de 9h11

Depuis quelques temps, l’envie d’essayer une 124 Abarth se faisait de plus en plus présente. Amateur et ancien possesseur d’Abarth (500, 500C Turismo puis 695C Rivale) mais aussi de MX-5 (ND 2.0 160ch), j’étais curieux de voir s’ils (les ingénieurs et metteurs aux points) avaient réussi l’impossible de ne garder que le meilleur des deux mondes. Version sportive de la Fiat 124, l’Abarth 124 est disponible depuis 2016. Sa motorisation 1.4 MultiAir (d’origine Abarth) développe « seulement » 170ch, mais avec un poids contenu autour de la tonne, une répartition du poids idéale 50/50 et en propulsion, le plaisir à bord s’annonce prometteur.

Une 124 Abarth : c’est quoi ?

Souvent comparée à une simple copie du MX-5, la 124 partage sa base technique avec cette dernière mais possède un typage réellement différent, et ce à tous niveaux ! À part quelques étiquettes plus ou moins visibles et certaines caractéristiques communes, le plaisir ressenti, tant à bord que visuellement, fait que nous sommes bien sur deux roadster différents.

La version GT de notre essai a rejoint le catalogue en 2018 (au moment d’un remaniement de gamme) et apporte principalement un hard top en carbone, promettant une utilisation de la voiture sur de plus longs parcours via une insonorisation et une isolation optimisés. L’ensemble ne pèse que 16kg, surpoids compensé par les jantes OZ optionnelles ! Les puristes de la Mazda, parfois même extrémistes, qui ne veulent entendre parler de rien d’autre, ne s’intéresseraient même pas à l’auto, considérant rien qu’à la lecture de la fiche technique qu’une MX-5 ne peut être que meilleure : atmosphérique, plus légère… Les mêmes pensent certainement qu’un Coca sera toujours mieux qu’un Pepsi … Et, après tout, pourquoi acheter une copie quand on peut avoir l’originale, qui dure depuis maintenant 4 générations ?

Elle mérite qu’on s’y attarde, premièrement, par son style. En première approche la voiture fait très agressive et beaucoup plus massive que sa cousine, tout en rappelant son aïeule des années 1960 par ses phares arrondis et ses feux arrières rectangulaires. Le tout sans tomber dans le néo-rétro. Le long capot nervuré, les étriers rouges et les 4 sorties de l’échappement « Monza Record » apportent de la sportivité (pas seulement visuelle, on y reviendra…) et finissent parfaitement l’ensemble ! Le coloris « Blu Scuro » et les jantes noires terminent le caractère sombre de l’auto. On aime ou non mais elle fait tourner les têtes sur notre passage !

Paris-Genève en 124 Abarth : une bonne idée ?

Après confirmation de l’essai, une inquiétude m’a traversé l’esprit : un séjour à Genève prévu sur cette période avec ma moitié, pas forcément fan d’autos… Après avoir vendu, tant bien que mal, le projet de faire environ 2000 km à bord d’un roadster à l’habitabilité mesurée, la réponse fût cinglante : « j’ai réservé un train à 9h11 demain pour Genève, si tout ne rentre pas dans ta voiture je le prends ». J’étais prévenu, le strict nécessaire était donc à prendre pour ce weekend : oubliez les paires de chaussures de rechange, vêtements en pagaille et même les parapluies ! Heureusement la météo s’annonçait correcte et nous étions encore aux portes de l’automne, évitant les vêtements chauds. Au final, une fois tout rentré dans le coffre (y compris l’appareil photo) le spectre du train est parti sur un autre aiguillage que nous et le voyage vers la Suisse pouvait débuter.

On monte à bord (ou, soyons précis, on descend) et le démarrage donne immédiatement le sourire : l’échappement « Monza » n’usurpe pas son nom, et les connaisseurs d’Abarth sauront qu’il rime avec un son d’enfer ! Les borborygmes sont bien présents et un son rauque s’échappe, que ce soit dès le ralenti ou avec un régime plus élevé. Nous sommes tellement loin des voitures aseptisées qui bordent notre quotidien et cela s’annonce tellement plaisant de rouler avec une bande son comme celle-ci ! Avant même les premiers kilomètres, nous sommes frappés par la précision et la rapidité de la commande de boite, avec des verrouillages précis. Les premiers ralentisseurs et autres nids de poule rassurent sur le filtrage de suspension, vraiment bon. Les sièges ont un maintien correct et même s’ils ne se règlent pas en hauteur, permettent un réglage de l’inclinaison.

Comme le trajet jusqu’à Genève sera essentiellement fait par autoroute, profitons-en pour parler de la vie à bord en 124. Tout d’abord, on peste sur l’écran central, tactile seulement à l’arrêt, et sa commande qui donne l’impression de braquer la serrure d’un coffre-fort avec des « clic » agaçants… Les deux prises USB rechargent faiblement un smartphone et le GPS est désuet par son graphisme, sa rapidité ou sa connectivité (pas de traffic-live, pas de CarPlay/Android Auto)… Même si l’on n’achète pas ce genre d’auto pour son multimédia, le prix déboursé donne droit à quelques exigences. En revanche rien à dire sur le son BOSE qui reste audible en toute circonstance même s’il manque de finesse à l’écoute. La planche de bord est en plastiques durs et brillants mais l’ensemble est agréable à l’œil. Les aérateurs sont cerclés d’aluminium brossé, mais il faut en revanche passer par les options pour avoir les jolis placages Alcantara sur la planche de bord et sur l’accoudoir. Cet accoudoir possède un Scorpion embossé du plus bel effet mais était non-présent sur notre 124. Est-ce qu’on parle bien de l’accoudoir ?

Sur l’autoroute, on apprécie le hard-top et son insonorisation vraiment correcte, même si le dépassement des 110km/h constitue une limite audible assez flagrante, avec des bruits d’air et de roulement très présents une fois passé ce cap. L’échappement sait se faire oublier à vitesse stabilisée (nettement moins bourdonnant qu’une 595 Abarth à 130km/h) et finalement le trajet se fait sans accrocs. Enfin, il faudra tout de même s’extraire du véhicule et après un long trajet, cela se fait clairement sans aucune élégance ! 

Tour de lac et puis s’en va

Evoluer en ville est en jeu d’enfant, entre la visibilité correcte, la direction précise, les capteurs de parking avant et arrière ou encore le gabarit compact. On peut évoluer sur un filet de gaz sans brutalité et en oubliant qu’on conduit une petite sportive : vraiment polyvalente, et c’est surprenant qu’elle le soit à ce point. Il faudra juste veiller à mettre suffisamment de gaz sous peine de caler assez facilement. Les balades coulées en bordure de lac sont un régal, tant pour les yeux que les oreilles. Le confort permet vraiment de profiter du moment. Quelques envolées lyriques dans les vignobles sur les hauteurs de Lausanne permettront de se rappeler la double nature de la voiture, GT confortable, et GT qui sait se faire plaisante.

Après quelques jours au bord du lac sans avoir risqué un démontage du hard-top (annoncé comme facile et rapide par la marque) il est temps de prévoir le retour. Le chargement est optimisé au maximum : vestes dans le hard-top, capsules de café dans les petits rangements derrière les sièges… Chaque cm3 est utilisé ! Il faut se restreindre sur les souvenirs et produits locaux, sous peine de se retrouver avec des sacs (ou des paniers à pomme de terre, on ne se moque pas SVP) sur les genoux pour le retour. OK les 10 kg de châtaignes ramassés et les 5 kg de fromages divers n’ont pas aidé non plus. Mais bon, la Suisse est aussi le pays des bonnes choses… Malgré tout notre chargement, nous traçons un retour via le lac d’Annecy puis vers la Bresse, Beaune et la région Parisienne, le tout en empruntant nationales et routes de col sur le début du trajet.

Une 124 Abarth sur petites routes, ça donne quoi ?

Et là sur les petites routes du Jura, le 124 se présente sous son meilleur jour : mode sport enclenché, les relances sont plus franches, le moteur pousse jusqu’à la zone rouge à 6500 tr/min et le turbo-lag est quasi inexistant. La sonorité est jouissive : rauque, avec des déflagrations aux changements de rapports ou aux levers de pied. La répartition du poids 50/50 prend tout son sens, avec un comportement sain et jamais piégeur, avec des pneus au grip appréciable (sur ce point c’est à des années lumières des savonnettes utilisées par Mazda…) mais qui permettent malgré tout de jolis travers quand le pied droit le décide ! La direction est d’une précision chirurgicale et les suspensions absorbent les bosses sans broncher. Un bonheur ! La seule réserve concerne la lisibilité du compteur : dur de savoir à quelle vitesse on roule et il n’existe aucune possibilité de l’afficher numériquement… A la place d’un indicateur de changement de rapport totalement inutile, cela aurait été nettement mieux !

Les lacets s’enchainent et le plaisir ne retombe pas, et même la consommation ne vient pas gâcher ce moment avec une moyenne aux alentours des 8L, même à un rythme soutenu. Quand on nous disait que le poids c’était l’ennemi ! La boite est au diapason avec un bon étagement et une commande aussi agréable que rapide. Nous voilà à la tombée de la nuit, de quoi apprécier l’efficacité des phares full LED et l’éclairage des compteurs simple mais efficace, faisant ressortir subtilement le fond de compte tour rouge. Nous prenons de nouveau l’autoroute à Beaune pour rejoindre la région Parisienne et l’excitation retombe forcément. Je suis en passager, on garde un rythme correct mais on peste quand même sur la place à bord, car même en étant pas spécialement grand, l’espace aux jambes est compté et la boite de vitesses ressort, donnant une bosse assez proéminente dans l’habitacle. Ce n’est pas tout le temps gênant mais ça limite les mouvements pour s’étirer sur longs parcours !

Un week end en Abarth, c’est comment du coup ?

Au final ? Le weekend partait plutôt mal et je m’attendais à des trajets assez rudes, l’Abarth 124 restant avant tout un roadster sportif. Les bonnes surprises se sont enchainées, avec un niveau de confort correct digne de l’appellation GT et un plaisir intense, même à basse vitesse (merci le Monza et la position de conduite au ras de la route !). Le feeling de la voiture est d’une grande pureté et on peut dire qu’on vit la route ! C’est une auto vraiment attachante, qui gomme quelques défauts du MX-5 avec un soupçon d’âme en plus. Mais l’Abarth 124 restera une deuxième voiture de par son habitacle étriqué et son coffre limité.

La dernière bonne nouvelle de ce séjour ? Pas de rancune d’être partis en 124 et une demande en mariage au bord du lac de Genève. Le train de 9h11 est bien parti, mais pas dans la même direction que nous… Promis, la prochaine fois on part en vacances en berline ou en SUV ! Le Scorpion m’a encore piqué !

Texte et photos : Romain